Le livre des prénoms

Pour mon anniversaire, je n’ai pas eu qu’un utérus tout neuf. Pour mon anniversaire, parmi les cadeaux de mon homme, se trouvait Le livre des prénoms. Non, je ne suis pas enceinte, Marcel n’est pas prêt et moi non plus.

Ce cadeau, si on l’observe par une certaine lucarne, a des allures très glauques. En effet, il m’a avoué l’avoir acheté pendant l’été 2013, alors que j’étais enceinte pour la deuxième fois. C’était la première grossesse vraiment attendue, celle de tous les espoirs, la plus dévastatrice je dirais. Ça m’a serré le cœur de savoir que, déjà plein d’amour pour ce futur enfant, il avait été acheter ce livre. Et ça m’a encore plus serré le cœur de l’imaginer cacher le livre sous le lit de la chambre d’amis une fois que tout était fini, de visualiser ce livre qui prenait la poussière (et va continuer à la prendre) depuis bientôt deux ans (deux ans putain!!!).

Mais, on peut aussi regarder ce livre par une autre lucarne. On peut se dire que s’il me l’offre maintenant, c’est que la routourne a tourné et que nous sommes plein d’espoir. La prochaine grossesse va marcher.

L’espoir, cette force si importante dans nos vies, ne dit-on pas qu’elle fait vivre? Je ne dis pas que c’est facile de garder l’espoir.. Il lui arrive de s’effriter complètement. Hier soir, seule à la maison (nous sommes sur le point de quitter (enfin) Poch’ville et mon homme bosse déjà dans une autre région), fatiguée de ma soirée arrosée de la veille et du boulot, je feuilletais justement ce livre. Et c’est en lisant la quatrième de couverture sur laquelle on parle de « futurs parents » que les larmes ont fait leur entrée, je ne sais d’où.. Je pense que je pleurais sur ces grossesses avortées bien trop tôt.. mais je pense aussi que je vois la fin de la « pause » s’approcher à grand pas.. Et oui, car depuis la dernière fausse couche (je suis incapable de me rappeler précisément de sa date, je laisse filer le temps, aurais-je lâché prise?), depuis environ six mois (et ça file!), je ne suis ni enceinte ni en train d’essayer d’avoir un enfant. Et bien, ça m’a fait un bien fou! J’ai l’impression de revivre (je refume même un peu mais ça c’est mal).

Début mai, je revois le Professeur Duracuir et si tout va bien, il donnera son feu vert pour la reprise des « essais ». Une part de moi espère fort que tout ira bien, que nous pourrons reprendre les essais et surtout que ça va marcher malgré le spermo pourri. Et une autre a peur, peur d’être à nouveau obsédée et prisonnière de ce désir d’enfant, peur que ça ne marche pas (entre autres à cause du spermo), peur d’être enceinte et que ça foire à nouveau. Oui, vous avez compris, les peurs, même si ce ne sont plus elles qui me dominent aujourd’hui, je les sens tapies là dans l’ombre, et j’ai peur (encore?!) qu’elles resurgissent.

Peur

Les bonnes nouvelles qui pleuvent en ce moment sur la blogo me redonnent de la force et beaucoup d’espoir. J’espère qu’il en restera pour nous, pour nous tous! 🙂 Et je pense fort à celles qui n’ont pas encore bénéficié de cette pluie. Bientôt, ce sera notre tour.

Et si ce n’était pas la cigogne qui était perdue?

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Si c’était nous qui n’avions pas pris la bonne route? Je ne sais pas vous, mais je cherche souvent des explications à ce qui nous arrive et quand les explications scientifiques tardent à venir, j’ai tendance à chercher ailleurs.

En 2012, nous avons quitté notre Amazonie chérie pour rentrer en France, avec comme idée de fonder une famille dans un avenir pas trop lointain, le temps de retomber sur nos pattes. Pourquoi ne pas avoir envisagé de fonder une famille là bas? Je pensais avoir besoin de mes racines, je pensais aussi que ce serait égoïste vis à vis de nos familles (surtout vis à vis de ma mère en fait – qui n’attend que ça) de faire nos enfants à 10 000 kilomètres d’eux. Je réalise aujourd’hui que j’avais peut-être tort. On doit vivre NOTRE vie. On ne vit pas pour les autres. Je dois couper le cordon. Je me pensais très indépendante et je réalise qu’en fait, je ne le suis pas tant que ça.

Donc nous sommes rentrés en France, en nous disant quand même qu’il s’agissait d’un « essai » et qu’il était probable que nous repartions. Nous avons décidé de nous installer là où l’un de nous deux trouverait le premier un taf satisfaisant, à condition d’éviter Paris (dans mon domaine à l’époque (humanitaire), ça limitait fortement les possibilités). C’est comme ça que je nous ai faits atterrir à Poch’ville il y a un peu plus de deux ans. Plus ou moins consciemment, j’avais trouvé là le travail qui me permettait de rester dans mon domaine, tout en ayant une qualité de vie (horaires…) compatible avec une vie de famille. En gros, tous mes choix étaient conditionnés par ce désir d’enfant. La suite, on la connaît. Cet enfant n’est jamais venu et j’ai fini par réaliser que la vie que je m’étais construite pour accueillir cet enfant ne me convenait pas du tout. Et mon homme dans tout ça? Lui m’a laissé faire. Il a cette capacité à être heureux partout. Mais aujourd’hui, il se pose les mêmes questions que moi.

Aujourd’hui, je pense qu’il est possible que nos enfants ne viennent pas car nous ne sommes pas à notre place. Est-ce que ça vous semble fou?

Réalisant donc que je ne m’épanouissais pas du tout dans ce que je faisais, j’ai décidé de quitter mon travail. Je ne regrette pas du tout ces deux années, j’ai appris plein de choses et rencontré des personnes extraordinaires. Mais ce n’était pas ou plus pour moi. Au moment où je quittais ce travail, je vivais une quatrième grossesse qui s’est terminée, comme les autres, par une fausse couche avant deux mois.

Depuis, j’ai découvert un nouveau métier que j’exerce actuellement (l’enseignement) et que j’adore! Depuis, nous avons aussi pris nos billets pour retourner quelques semaines dans notre Amazonie chérie, rendre visite aux proches que nous avons laissés là bas (départ dans trois semaines!) et avec derrière la tête, l’envie de savoir si nous nous verrions toujours vivre là bas.

Et voilà qu’à trois semaines de partir, l’ONG pour laquelle nous travaillions en Amazonie nous propose à tous les deux de retravailler pour elle sur un nouveau projet, et donc de retourner vivre là bas… Vous imaginez le joyeux bordel qui règne dans nos têtes aujourd’hui. Nous allons dans tous les cas attendre d’être sur place avant d’accepter, mais nous avons très envie de le faire.

Cela veut dire :

– Vivre loin de nos proches en France : oui, mais on se rend compte qu’on ne partage pas tellement plus finalement qu’en se voyant une fois par an de façon intense.

– Repartir de zéro : ouais, on s’en fout. c’est pas comme si on avait acheté une maison ou quoi..

– Éventuellement, faire nos enfants là bas.. C’est là que ça pose questions. Car si j’ai besoin d’un suivi médical particulier, ce sera plus compliqué.. Mais je ne veux plus faire en fonction d’une éventualité! De plus, nous allons nous renseigner, mais a priori cela pourrait faciliter une éventuelle adoption locale.

– Renoncer à mon nouveau métier : pas tout à fait. J’ai l’intention d’essayer d’enseigner là bas (oui, je suis une grande rêveuse).

Ça voudrait surtout dire vivre là où nous avons vraiment envie d’être. Mais est-ce une illusion? Est-ce parce que trop de galères nous sont arrivées depuis notre retour? Je ne pense pas mais j’espère que notre séjour sur place dans quelques semaines nous apportera des réponses.

Si nous refusons, ce sera la troisième proposition de mission à l’étranger que nous écartons depuis notre retour en France. La vie semble s’acharner..

Cette fois, nous sommes vraiment les héros de notre livre, à nous de faire le bon choix. Et vous? Que feriez-vous?